Structures mixtes bois-CLT et acier en 2026 : ce que le nouvel arrêté incendie ERP change vraiment pour vos notes de calcul — Analyse ANDO

Publié le 19 février 2026, le nouvel arrêté révisant la réglementation incendie des établissements recevant du public (ERP) a fait circuler une rumeur tenace dans les bureaux d’études : « le bois structurel apparent serait interdit ». La réalité est tout autre. Le texte ne ferme pas la porte aux structures bois et mixtes bois-acier : il en fixe les conditions de recevabilité. Pour un maître d’œuvre ou un ingénieur structures, comprendre ce cadre n’est pas un détail réglementaire — c’est ce qui décide si un plancher CLT peut rester apparent ou s’il faudra l’habiller.

1. Ce que dit réellement l’arrêté du 19 février 2026

L’arrêté révisant la réglementation incendie applicable aux ERP ne constitue pas, pour les opérations en structure bois, une remise en cause : c’est le message porté par les organismes techniques de la filière. Il introduit en revanche des exigences nouvelles dont maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre doivent tenir compte dès la phase de conception, et non au moment du dépôt du dossier de sécurité.

Trois familles de prescriptions structurent le texte : la non-délaminance des panneaux CLT destinés à rester apparents, la géométrie des files porteuses, et la limitation de la charge calorifique mobilisable dans certaines configurations de hall. Autrement dit, le bois apparent n’est pas banni : il est conditionné à un comportement au feu démontrable et à une conception géométrique maîtrisée.

Pour les structures mixtes — poteaux et poutres acier associés à des planchers ou parois CLT et bois lamellé-collé — la difficulté est ailleurs : il faut raisonner sur le comportement global de l’assemblage au feu, pas sur chaque matériau isolément. C’est précisément là que se joue la valeur ajoutée d’un bureau d’études structures.

Structure mixte bois CLT et acier sur chantier, poteaux acier et parois CLT apparentes
Structure mixte bois-CLT et acier : la conception du comportement au feu de l’assemblage se décide dès l’esquisse structurelle.

2. Les trois exigences qui changent votre note de calcul

2.1 Panneaux CLT apparents : la non-délaminance devient un critère de prescription

Un panneau CLT qui se délaminé perd brutalement sa section efficace : la couche carbonisée se détache et laisse le cœur du panneau exposé au feu. Exiger un CLT non délaminant, c’est garantir que la couche carbonisée reste en place et continue de protéger l’âme — un mécanisme analogue à celui que l’on cherche à obtenir avec une protection rapportée sur un profilé acier.

Conséquence pratique pour le bureau d’études : la spécification du panneau (colle, traitement, fabricant, marquage) devient une donnée d’entrée du calcul de résistance au feu, au même titre que l’épaisseur d’un flocage sur une poutre métallique. Ce n’est plus un choix esthétique de second ordre.

2.2 Files de poteaux-poutres : le pas minimal de 1 m

La réglementation encadre les configurations dans lesquelles le bois structurel peut rester apparent. Parmi les cas admis : les files de poteaux-poutres espacées d’au moins 1 mètre, ou l’expression sur une paroi verticale dans un plan unique. Ce pas minimal n’est pas anodin : il conditionne la propagation horizontale d’un incendie le long d’une file porteuse continue et donc le dimensionnement de la protection.

Pour les structures mixtes, cela se traduit directement dans le modèle : la trame de poteaux acier n’est plus seulement une contrainte de portée ou de trame de plancher, elle devient un paramètre de conformité incendie. Une variante d’esquisse à 0,90 m de pas peut faire basculer un projet en stratégie d’habillage, avec le surcoût et la perte de hauteur utile que cela implique.

Détail technique d'un assemblage acier-CLT avec plaques de connexion et boulons
Assemblage acier-CLT : c’est dans la zone de connexion que se concentrent les vérifications thermomécaniques de la structure mixte.

2.3 Charge calorifique du hall : le plafond à 100 MJ/m²

Dans le cas des halls, l’arrêté borne la charge calorifique mobilière à 100 MJ/m² de plancher du hall, et n’autorise, en sous-face des planchers hauts, que le bois apparent des poutres espacées d’au moins 1 m. Les blocs-portes donnant sur le hall doivent être de degré E 30 et équipés d’un ferme-porte ou d’une fermeture automatique.

Trois configurations échappent par ailleurs à la possibilité de laisser le bois structurel apparent : les espaces d’attente sécurisés, les parois d’isolement aux tiers et les locaux à risques particuliers ainsi que les locaux techniques isolés spécifiquement. Ce sont exactement les points singuliers sur lesquels un bureau d’études structures doit être consulté en amont, car ils combinent exigence de stabilité au feu et exigence de compartimentage.

« Le nouvel arrêté ne remet pas en cause les opérations en structure bois : il introduit des exigences nouvelles dont maîtres d’ouvrage et équipes de maîtrise d’œuvre devront tenir compte en phase de conception. »

— Décryptage technique de la réglementation incendie 2026 pour les ERP, filière bois lamellé — Source

3. Le CLT n’est pas une mode : c’est un marché qui structure l’offre

Derrière l’évolution réglementaire, il y a une dynamique de marché qu’un bureau d’études ne peut pas ignorer. La demande de bâtiments multi-étages en bois et de constructions en bois massif (CLT, bois lamellé-collé) progresse en France, portée par la recherche de bâtiments durables, économes en énergie et sains. La préfabrication en atelier — ossature bois, CLT, modules volumétriques — réduit les délais de chantier et améliore la qualité de mise en œuvre.

Mais cette montée en puissance a une contrepartie technique : elle déplace la valeur vers la conception des interfaces. Un plancher CLT qui porte sur une poutre acier, c’est un problème d’assemblage, de reprise d’effort, de dilatation différentielle et — depuis l’arrêté de février — de comportement thermique différencié des deux matériaux. Autant de vérifications qui exigent une maîtrise simultanée des Eurocodes 3 (acier) et 5 (bois).

  • Interfaces mixtes : reprise des efforts entre plancher CLT et ossature acier, vérification des assemblages.
  • Dilatation différentielle : le bois et l’acier ne réagissent pas de la même façon à la température d’un incendire ; les appuis doivent être conçus glissants ou encastrés en connaissance de cause.
  • Stabilité au feu : section efficace résiduelle du CLT après carbonisation vs protection thermique de l’acier.
  • Phasage de chantier : la préfabrication impose une coordination 3D anticipée des réservations et des tolérances.
Exigence de l’arrêtéImpact concret sur la conception
CLT apparent non délaminantSpécifier la colle et le fabricant dès l’esquisse ; intégrer le critère au calcul de résistance au feu.
Files de poteaux-poutres espacées ≥ 1 mLa trame porteuse devient un paramètre de conformité ; arbitrer tôt en variante d’esquisse.
Charge calorifique mobilière ≤ 100 MJ/m² (hall)Dimensionner le désenfumage et la stabilité en cohérence avec le scénario d’incendie du hall.
Blocs-portes sur hall E 30 + ferme-porteCoordination structure / menuiserie / lots architecturaux à intégrer au planning d’études.
Bois apparent exclu (EAS, isolement tiers, locaux à risques)Prévoir un habillage ou une protection rapportée : impact hauteur utile et coût.
Coupe technique d'un bâtiment mixte bois-acier avec protection au feu des éléments structurels
Bois apparent non délaminant et acier protégé : deux logiques de résistance au feu à faire cohabiter dans un même modèle.

4. Comment ANDO sécurise une structure mixte face au nouveau cadre

Un bureau d’études structures ne se contente pas de « cocher » l’arrêté. Il construit la chaîne de justification qui rend le projet conforme, lisible pour le bureau de contrôle et robuste sur le chantier. Chez ANDO, cette chaîne s’appuie sur des outils de calcul et de modélisation éprouvés sur des centaines de projets :

Le calcul de structure et le dimensionnement des profils métalliques sont menés avec GRAITEC ADVANCE DESIGN et CYPE 3D, tandis que les vérifications fines — assemblages, sections mixtes, comportements localisés — sont traitées avec IDEA STATICA. La modélisation BIM et la coordination des interfaces bois-acier passent par TEKLA, la conception de pièces spéciales par SOLIDWORKS et les plans d’exécution par AUTOCAD. Cette combinaison d’outils permet d’attaquer simultanément les Eurocodes 3, 5 et les exigences thermiques du nouveau texte.

Sur l’existant — et la rénovation représente une part importante de nos interventions — le scan 3D et le scan-to-BIM permettent de reconstituer fidèlement la structure réelle avant tout renforcement, condition indispensable pour justifier un comportement au feu crédible sur des ouvrages dont on ne connaît pas toujours les plans d’origine.

💡 Verdict ANDO : l’arrêté du 19 février 2026 ne dit pas qu’il faut renoncer au bois apparent. Il dit qu’à partir de maintenant, le comportement au feu d’une structure mixte bois-acier se prescrit au même moment que la note de descente de charges. Les projets qui gagneront du temps et du budget seront ceux où le bureau d’études structures est consulté dès l’esquisse — pas ceux où il est appelé pour « rattraper » une conception déjà figée. C’est la ligne de méthode que nous appliquons chez ANDO, en nous appuyant sur nos outils de calcul et une qualification OPQIBI reconnue en ingénierie.

5. Ce qu’il faut retenir pour vos prochains projets

Le cadre 2026 pousse la filière vers plus d’ingénierie, pas moins de bois. Pour les maîtres d’ouvrage, collectivités et architectes qui portent des projets en structure bois ou mixte, quatre réflexes résument l’essentiel :

  • Verrouiller la spec CLT (non-délaminance) dès le DCE, pas en phase de chantier.
  • Intégrer la trame de poteaux comme donnée de conformité incendie dans les variantes d’esquisse.
  • Anticiper les points singuliers : espaces d’attente sécurisés, isolement aux tiers, locaux à risques.
  • Faire valider les interfaces mixtes par un calcul dédié Eurocodes 3 et 5, avec coordination BIM des réservations.

ANDO intervient au niveau national — Lille, Paris, Nancy, Lyon, Marseille, Montpellier, Bordeaux, Nantes — pour l’ensemble de ces missions : notes de calcul, plans d’exécution et de fabrication, modélisation 3D et BIM, scan 3D, études de synthèse, diagnostic et assistance technique. Nos études respectent les Eurocodes et le Code du Travail, et notre équipe d’ingénieurs qualifiés travaille sous assurance professionnelle. Pour aller plus loin sur la réglementation et les Eurocodes, consultez notre analyse des Eurocodes de 2ᵉ génération, notre décryptage de la sécurité incendie des charpentes métalliques et notre retour d’expérience sur la charpente mixte bois-métal du gymnase de Briançon.

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