Le 20 septembre 2026, le groupe sidérurgique italien Marcegaglia a officialisé le lancement du projet « Mistral » à Fos-sur-Mer : la première aciérie construite en France depuis plus de cinquante ans. Avec un investissement colossal de 1,2 milliard d’euros, cette usine nouvelle génération produira 2 millions de tonnes d’acier bas carbone par an à partir de 2029. ANDO, bureau d’études structures métalliques certifié OPQIBI basé à Lille, analyse les retombées de ce projet historique pour la filière construction métallique française.
1. Fos-sur-Mer : le projet Mistral, une aciérie du XXIe siècle
Racheté en juin 2024 à la barre du tribunal de commerce de Strasbourg, l’ancien site Ascometal de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) s’apprête à connaître une transformation radicale. Le groupe Marcegaglia, leader mondial de la transformation de l’acier fondé en 1959, y déploie le projet « Mistral » : un complexe sidérurgique primaire intégré, reconnu Projet d’Intérêt National Majeur par décret du 25 octobre 2024. L’enveloppe globale de 1,2 milliard d’euros en fait l’investissement le plus important de l’histoire du groupe italien dans l’intégration amont de sa chaîne de valeur. L’usine actuelle, qui emploie 473 personnes et produit 90 000 tonnes d’aciers spéciaux, sera modernisée pour atteindre 150 000 tonnes par an. Mais le cœur du projet est ailleurs : une nouvelle unité de production de 10 hectares, équipée d’un four électrique nouvelle génération et d’un laminoir à chaud, capable de produire 2 millions de tonnes d’acier liquide et 3 millions de tonnes de bobines laminées par an. La décision finale d’investissement est attendue pour fin 2026, le début des travaux est programmé pour 2027, et les premières productions sont visées pour le premier trimestre 2029.
2. Acier bas carbone : la rupture technologique Mistral
Ce qui distingue radicalement le projet Mistral des aciéries traditionnelles, c’est son empreinte carbone. L’usine reposera sur une aciérie électrique alimentée par un mix énergétique bas carbone mêlant électricité nucléaire (via un accord de long terme avec EDF) et énergies renouvelables. Les matières premières proviendront à plus de 70 % de ferrailles recyclées complétées par du fer pré-réduit (DRI), permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80 % par rapport à une aciérie à filière fonte classique.
Le 13 avril 2026, Marcegaglia a signé un contrat stratégique de 450 millions d’euros avec le groupe italien Danieli pour l’équipement de cette aciérie électrique. L’usine intégrera l’intelligence artificielle dans ses processus, visant des « performances de référence en sobriété énergétique et en empreinte carbone », comme l’a souligné le groupe lors du sommet Choose France 2026. La ministre déléguée à l’énergie, Maud Bregeon, a salué un projet qui « permettra à la France de sortir de ses dépendances tout en s’affirmant comme le champion européen de l’industrie verte ».
Les chiffres clés du projet Mistral
- 1,2 milliard d’euros d’investissement total — le plus important de l’histoire de Marcegaglia
- 2 millions de tonnes d’acier liquide bas carbone par an à partir de 2029
- 80 % de réduction des émissions de CO₂ par rapport à une aciérie classique
- 10 hectares pour la nouvelle unité de production
- Jusqu’à 1 000 emplois créés sur le site
- 450 millions d’euros de contrat avec Danieli pour l’équipement de l’aciérie électrique
« Mistral donnera naissance à la première aciérie en France depuis plus de cinquante ans et au premier grand laminoir depuis cette période. L’usine intégrera l’intelligence artificielle et sera alimentée par une électricité décarbonée, visant des performances de référence en sobriété énergétique et en empreinte carbone. »
3. Impacts pour la construction métallique française
Pour un bureau d’études structures métalliques comme ANDO, basé à Lille et intervenant sur toute la France, le projet Mistral est une excellente nouvelle à plusieurs titres. La construction métallique consomme environ 60 % de l’acier produit en France — principalement pour les bâtiments industriels, les entrepôts logistiques, les équipements sportifs, les établissements recevant du public (ERP) et les ouvrages d’art. Or, depuis des années, la filière dépend d’importations extra-européennes qui fragilisent les chaînes d’approvisionnement et exposent les donneurs d’ordre à la volatilité des prix.
Le projet Mistral répond à trois enjeux majeurs pour la construction métallique :
1. La souveraineté industrielle — avec une production française capable de couvrir une part significative des besoins nationaux en aciers standards et en bobines laminées à chaud, les acteurs du BTP pourront sécuriser leurs approvisionnements sans dépendre des marchés asiatiques ou turcs.
2. L’acier bas carbone accessible — l’objectif de 80 % de réduction des émissions de CO₂ permettra aux constructeurs métalliques de répondre aux exigences croissantes de la RE2020, qui impose un calcul d’analyse de cycle de vie (ACV) sur tous les projets neufs depuis juillet 2026. Comme nous l’expliquions dans notre guide complet de l’acier bas carbone, ce matériau n’est plus une niche mais devient le nouveau standard.
3. La compétitivité — l’accord d’électricité nucléaire à prix compétitif conclu avec EDF permettra à Marcegaglia de proposer des aciers bas carbone à des prix proches de ceux du marché traditionnel, un avantage décisif pour la filière française face à ses concurrents européens.
4. Contexte économique : une bouffée d’oxygène pour la filière
Le projet Mistral arrive dans un contexte particulièrement tendu pour la construction métallique française. Selon le baromètre 2026 du Syndicat de la Construction Métallique de France (SCMF), le secteur a enregistré une baisse de 3,69 % de son activité en valeur en 2025, avec un tonnage mis en œuvre compris entre 740 000 et 760 000 tonnes. Les tensions douanières américaines, l’incertitude réglementaire et l’allongement des délais de décision d’investissement pèsent sur les carnets de commandes. La construction métallique fait face à « un contexte exigeant », reconnaît Emmanuel de Laage, président du SCMF.
Pourtant, des signaux positifs émergent. Le taux d’activité remonte à 76,60 % au quatrième trimestre 2025, grâce aux investissements dans l’automatisation et la réorganisation des ateliers. Le bâtiment industriel reste le premier débouché, concentrant 60,65 % du tonnage. Les segments photovoltaïques, agricoles, ainsi que les bâtiments commerciaux et sportifs, sont en légère progression. Dans ce contexte, disposer d’une capacité de production d’acier bas carbone souveraine et compétitive est un atout stratégique pour toute la filière.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Investissement total projet Mistral | 1,2 milliard d’euros |
| Production annuelle d’acier visée | 2 Mt d’acier liquide / 3 Mt de bobines laminées |
| Réduction CO₂ visée | −80 % vs aciérie traditionnelle |
| Part d’acier recyclé | > 70 % (ferrailles + DRI) |
| Mise en service | Premier trimestre 2029 |
| Emplois créés | Jusqu’à 1 000 nouveaux postes |
5. Ce que cela change pour les maîtres d’ouvrage et les architectes
Pour les donneurs d’ordre, le projet Mistral ouvre des perspectives concrètes. La disponibilité d’un acier bas carbone produit en France, en grandes quantités et à prix compétitif, va transformer les stratégies d’approvisionnement des projets. Concrètement, voici ce que cela implique :
Des bilans carbone améliorés
Dans le cadre de la RE2020, chaque projet de construction doit désormais présenter une analyse de cycle de vie (ACV) complète. L’utilisation d’acier bas carbone — produit à partir de ferrailles recyclées et d’électricité décarbonée — permet de diviser par cinq l’impact carbone de la structure par rapport à un acier classique. C’est un levier majeur pour atteindre les seuils réglementaires, sans surcoût prohibitif.
Une meilleure traçabilité des matériaux
L’acier produit à Fos-sur-Mer offrira une traçabilité complète, de la ferraille d’entrée jusqu’au produit fini, via les certificats MAT (Matériaux, Appareils, Techniques) exigés par la norme NF EN 1090 pour les classes d’exécution EXC2 à EXC4. Les bureaux d’études comme ANDO pourront ainsi intégrer ces données dans leurs notes de calcul et leurs dossiers d’exécution, renforçant la conformité réglementaire des projets.
Des délais et coûts logistiques optimisés
Disposer d’une aciérie à Fos-sur-Mer, sur la zone industrialo-portuaire de Méditerranée, c’est aussi réduire les délais de livraison et les coûts de transport. Pour les chantiers du sud de la France, cela signifie des approvisionnements en J+1 au lieu de semaines d’importation. Et pour l’ensemble du territoire, une moindre dépendance aux routes commerciales internationales.
6. Le rôle des bureaux d’études dans cette nouvelle donne
En tant que bureau d’études structures métalliques et bois certifié OPQIBI, ANDO accompagne ses clients — architectes, maîtres d’ouvrage, collectivités et industriels — dans la conception et le dimensionnement d’ouvrages intégrant les aciers bas carbone. Ce nouveau paradigme nécessite une expertise pointue sur plusieurs plans :
D’une part, les caractéristiques mécaniques des aciers bas carbone (XCarb® d’ArcelorMittal ou équivalents) sont identiques aux aciers standard — ils respectent les mêmes normes, les mêmes limites élastiques et les mêmes coefficients de sécurité selon les Eurocodes 3 et 4. Nos ingénieurs intègrent ces données dans nos logiciels de calcul GRAITEC ADVANCE DESIGN, CYPE 3D, IDEA STATICA et TEKLA BIM sans aucune limitation technique.
D’autre part, la question cruciale du réemploi de l’acier — que nous avons détaillée dans notre article sur le réemploi de l’acier et l’économie circulaire — reste centrale. Le projet Mistral, en augmentant la part de ferrailles recyclées dans la production d’acier, s’inscrit dans cette logique d’économie circulaire que nous plébiscitons au quotidien dans nos études.
Témoignage : regard d’un architecte partenaire
« Nous travaillons avec ANDO depuis plusieurs années sur des projets tertiaires et industriels en structure métallique. La disponibilité d’un acier bas carbone produit en France change la donne : nous pouvons désormais concevoir des bâtiments respectant la RE2020 sans recourir à des solutions de substitution coûteuses. Le calcul ACV de nos derniers projets montre une réduction de 40 % de l’impact carbone du lot structure, grâce à l’acier bas carbone associé à une conception optimisée par ANDO. » — Cabinet d’architecture Atelier Structure & Enveloppe, Paris
💡 Verdict ANDO : Le projet Mistral de Marcegaglia à Fos-sur-Mer est une excellente nouvelle pour toute la filière construction métallique française. En combinant souveraineté industrielle, production bas carbone et compétitivité économique, il offre aux acteurs du BTP un levier décisif pour répondre aux exigences réglementaires et environnementales de 2026-2030. Chez ANDO, nous suivons ce dossier de près et nous nous tenons prêts à accompagner nos clients dans l’intégration de ces nouveaux aciers dans leurs projets, partout en France — de Lille à Marseille en passant par Paris, Lyon, Bordeaux, Nantes et Montpellier.
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